☞ UVMT – Université Virtuelle de Médecine du Travail

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“Comment évaluer le risque toxicologique d’un orfèvre qui est amené à travailler sur des pièces métalliques contenant du béryllium sous forme d’alliage (par exemple ponçage, découpage avec émission de poussières de métaux)”. Après cette brève revue bibliographique et en réponse à cette question: D’après la méthode d’hiérarchisation des “risques potentiels” de l’INRS (ND 2121-178-00, CND N° 178, 1er trimestre 2000), le béryllium est classé comme DANGER de niveau V (niveau le plus élevé) à cause des phrases de risque R suivantes: R 49, R 26 et R 48. Le CIRC le range comme cancérogène de classe I, classe le plus élevé. La prudence serait de le substituer par un autre produit moins “toxique” en terme de santé au travail. Au cas où le process ne le permettrait pas, il conviendrait de bien maîtriser l’EXPOSITION des opérateurs à cet agent cancérogène. D’après cette hiérarchisation des risques, deux paramètres ont été retenus pour caractériser l’exposition potentielle: la quantité de produit utilisé et la fréquence d’utilisation. Un niveau d’exposition sera alors donné après le croisement de ces deux paramètres. Pour BIOTOX* par exemple, le béryllium, ses oxydes et ses sels, toxiques surtout sous forme de poussières ou de vapeurs, pénètrent dans l’organisme essentiellement par voie pulmonaire, à un moindre degré par voie digestive( < 10%) et très faiblement par voie cutanée. Il conviendrait donc de vérifier si les mesures de prévention technique collective voire individuelle ont été bien prises. Pour la prévention technique de l’exposition, LAUWERYS* préconise: -opérations à réaliser en vase clos et aspiration locale des poussières; -l’usage de masques et de gants; -des vêtements de travail nettoyés dans l’entreprise ou par une firme spécialisée informée du risque; -l’hygiène personnelle; -une analyse régulière de l’air au niveau du poste de travail. Une fois toutes ces données collectées, le RISQUE (DANGER X EXPOSITION) lié à l’exposition au béryllium à ce poste pourrait être apprécié. Pour évaluer l’efficacité de cette prévention technique, des mesures de métrologie voire de biométrologie sont donc nécessaires. Pour LAUWERYS* et en citant STIEFEL et coll., une concentration atmosphérique de l’ordre de 8 microgrammes/m3 entraînerait une excrétion urinaire de 4 microgrammes/l et qu’une exposition à 2 mg/m3 correspondrait à une concentration urinaire de 7 microg/l et sanguine de 4microg/l. Chez 10 sujets sans contact professionnel avec le béryllium, STIEFEL et coll. (1980) ont trouvé une concentration urinaire moyenne en béryllium de 0,9 microg/l (DS= 0,5 microg/l). Des valeurs plus élevées(2 microg/l) ont été mesurées chez les fumeurs. Le dépistage des sujets sensibilisés pourrait s’effectuer par la pratique du TTL in vitro. En conclusion, la métrologie et la biométrologie sont intéressantes pour évaluer l’efficacité des mesures de prévention. La tâche est facilitée par l’existence d’une VME indicative, mais est contrebalancée par l’absence d’Indicateur Biologique d’Exposition (IBE) reconnue. Le TTL pourrait être utilisé sous réserve, comme un “indicateur biologique d’effet” et en tenant compte de sa sensibilité et de sa spécificité, comme un “marqueur” éventuel d’une exposition antérieure (professionnelle voire extraprofessionnelle) à ce métal. Notre rôle de médecin du travail est donc primordial pour évaluer les risques tant sur au niveau médical que professionnel.