☞ UVMT – Université Virtuelle de Médecine du Travail

0

Beryllium

Directeur – 12/3/2002 à 21:10

Comment évaluer le risque toxicologique d’un orfèvre qui est amené à travailler sur des pièces métalliques contenant du beryllium sous forme d’alliage (par exemple ponçage, découpage avec emission de poussières de métaux).

Merci pour votre réponse

ROSWELL – 12/3/2002 à 23:20

Source: BIOTOX* – Edition 1997 Environ 90 % de la dose absorbée sont éliminées dans les urines jusque 10 ans après l’arrêt de l’exposition. La demi-vie du béryllium est inversement proportionnelle à la dose absorbée. Les concentrations urinaires de béryllium reflètent le pool mobilisé récemment (une grossesse ou une infection sont susceptibles de majorer le pool de béryllium) mais pas l’exposition récente ni la quantité de produit contenu dans l’organisme. Aucune donnée ne permet de corréler valablement les taux sanguins et urinaires à l’intensité de l’exposition. Le tabac augmente ces concentrations. Biotox* ne recommande pas de jour de la semaine et/ou du moment de la journée privilégié pour procéder aux prélèvements sanguins et/ou urinaires. Il ne donne pas non plus de valeurs limites d’IBE. Source: FT 92 de l’INRS – Edition 1992 Pas de biométrologie et autres IBE. Par contre cette fiche donne la VME indicative en France: 0,002 mg/m3, valeur fixée par le Ministère du Travail. Source: EMC: 16-002-B-10 (1993) Les concentrations atmosphériques doivent être régulièrement contrôlées. La détection et l’analyse du béryllium se font de façon plus sensible et plus spécifique par la spectrométrie d’absorption atomique sans flamme et la chromatographie en phase gazeuse. Les sujets atteints d’une pathologie respiratoire (une RP, des EFR, une DLCO sont nécessaire, examens qui seront répétés ultérieurement dans le cadre d’une SMS) doivent être écartés à l’embauchage. Source: Toxicologie industrielle et intoxications professionnelles, par Robert R. LAUWERYS, 1999, 4ème édition Il préconise l’utilisation de tests diagnostiques basés sur la détection de l’hypersensibilité au béryllium. Cependant il déconseille l’utilisation de test épicutanés ou patch-tests avec un sel de béryllium car des réactions sévères telles qu’un choc anaphylactique a été observée. Au niveau déontologique, il me semble qu’il n’est pas souhaitable de tester une substance classée comme cancérogène de classe I par le CIRC à visée diagnostique. Par contre, LAUWERYS* discute des test tels que le test d’inhibition de migration des macrophages (MIF) qui semblerait avoir une valeur de test diagnostique de bérylliose mais fortement limitée par sa sensibilitée à la corticothérapie. Le test de transformation lymphoblastique (TTL) plus fiable que le précédent est basé sur la transformation in vitro des lymphocytes T sensibilsés en lymphoblastes en présence de béryllium. Il peut être réalisé sur les lymphocytes du sang périphérique ou ceux provenant du liquide de LBA. Le TTL réalisé sur le LBA semble plus sensible et la réponse plus importante. Une bonne corrélation a été trouvée entre la sévérité de l’affection et l’intensité de la TTL. Le test peut détecter des sujets sensibilisés avant les atteintes pulmonaires. La réactivité tuberculinique aurait tendance à se négativer chez les travailleurs exposés au béryllium. Source: Pathologie toxique en milieu de travail, par F. TESTUD, 2ème édition Un dosage urinaire du béryllium (prélèvement: 50 ml d’urines sur poudrier ordinaire) est possible par spectrométrie d’absorption atomique: reflet de l’exposition récentes, le taux n’est pas un bon indicateur de la dose interne mais représente plutôt un test d’exposition. Le taux normal est inférieur ou égal à 2 microgramme par litre. IL n’y a pas d’IBE défini pour les travailleurs exposés. Comme lecture: Risques professionnels en Bijouterie Joaillerie Mémoire pour l’obtention du DES de Médecine du Travail par le Docteur Jacques PIOLLAT soutenu le 27 avril 1999. N’étant pas toxicologue de formation, voilà les résultats de ma petite revue rapide de la bibliographie francophone. Un avis auprès de toxicologue pourrait être intéressant.

ROSWELL – 13/3/2002 à 06:19

“Comment évaluer le risque toxicologique d’un orfèvre qui est amené à travailler sur des pièces métalliques contenant du béryllium sous forme d’alliage (par exemple ponçage, découpage avec émission de poussières de métaux)”. Après cette brève revue bibliographique et en réponse à cette question: D’après la méthode d’hiérarchisation des “risques potentiels” de l’INRS (ND 2121-178-00, CND N° 178, 1er trimestre 2000), le béryllium est classé comme DANGER de niveau V (niveau le plus élevé) à cause des phrases de risque R suivantes: R 49, R 26 et R 48. Le CIRC le range comme cancérogène de classe I, classe le plus élevé. La prudence serait de le substituer par un autre produit moins “toxique” en terme de santé au travail. Au cas où le process ne le permettrait pas, il conviendrait de bien maîtriser l’EXPOSITION des opérateurs à cet agent cancérogène. D’après cette hiérarchisation des risques, deux paramètres ont été retenus pour caractériser l’exposition potentielle: la quantité de produit utilisé et la fréquence d’utilisation. Un niveau d’exposition sera alors donné après le croisement de ces deux paramètres. Pour BIOTOX* par exemple, le béryllium, ses oxydes et ses sels, toxiques surtout sous forme de poussières ou de vapeurs, pénètrent dans l’organisme essentiellement par voie pulmonaire, à un moindre degré par voie digestive( < 10%) et très faiblement par voie cutanée. Il conviendrait donc de vérifier si les mesures de prévention technique collective voire individuelle ont été bien prises. Pour la prévention technique de l’exposition, LAUWERYS* préconise: -opérations à réaliser en vase clos et aspiration locale des poussières; -l’usage de masques et de gants; -des vêtements de travail nettoyés dans l’entreprise ou par une firme spécialisée informée du risque; -l’hygiène personnelle; -une analyse régulière de l’air au niveau du poste de travail. Une fois toutes ces données collectées, le RISQUE (DANGER X EXPOSITION) lié à l’exposition au béryllium à ce poste pourrait être apprécié. Pour évaluer l’efficacité de cette prévention technique, des mesures de métrologie voire de biométrologie sont donc nécessaires. Pour LAUWERYS* et en citant STIEFEL et coll., une concentration atmosphérique de l’ordre de 8 microgrammes/m3 entraînerait une excrétion urinaire de 4 microgrammes/l et qu’une exposition à 2 mg/m3 correspondrait à une concentration urinaire de 7 microg/l et sanguine de 4microg/l. Chez 10 sujets sans contact professionnel avec le béryllium, STIEFEL et coll. (1980) ont trouvé une concentration urinaire moyenne en béryllium de 0,9 microg/l (DS= 0,5 microg/l). Des valeurs plus élevées(2 microg/l) ont été mesurées chez les fumeurs. Le dépistage des sujets sensibilisés pourrait s’effectuer par la pratique du TTL in vitro. En conclusion, la métrologie et la biométrologie sont intéressantes pour évaluer l’efficacité des mesures de prévention. La tâche est facilitée par l’existence d’une VME indicative, mais est contrebalancée par l’absence d’Indicateur Biologique d’Exposition (IBE) reconnue. Le TTL pourrait être utilisé sous réserve, comme un “indicateur biologique d’effet” et en tenant compte de sa sensibilité et de sa spécificité, comme un “marqueur” éventuel d’une exposition antérieure (professionnelle voire extraprofessionnelle) à ce métal. Notre rôle de médecin du travail est donc primordial pour évaluer les risques tant sur au niveau médical que professionnel.

Directeur – 13/3/2002 à 14:32

Bravo Roswell (E…e) pour la réponse à cette question…………………………………………..que JE N’AI PAS POSEE. L’intérêt de ce forum est que toute personne peut poser une question, même si elle n’est pas inscrite, et de façon anonyme ou en prenant n’importe quel pseudo non utilisé par un membre inscrit. Si vous manquez d’imagination, ZORRO et beaucoup d’autres noms de héros de votre enfance sont libres. Dr JC MARTIN Directeur UVMT 🙂

ZORRO – 13/3/2002 à 17:24

C’est signé d’un Z comme……

epct – 16/5/2003 à 14:54

L’INRS vient d’éditer dans Le Point des Connaissances (avril 2003) la fiche ED 5020 “Le béryllium”. Cet article est également paru dans la revue : Travail et Sécurité, avril 2003, 4 p. Les auteurs sont : Savary B., Vincent R., Peltier A. et Dornier G.

Cet article est disponible auprès du Service Prévention de votre CRAM.